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Mon Père, le 31 mars 1998, très discrètement, vous êtes allé rejoindre Celui au service duquel vous aviez consacré votre vie de prêtre, d'homme et de soldat.Le mardi 7 avril 1998, ici même, lors de l'inhumation au «carré légion» du cimetière de Puyloubier, la Légion et les Parachutistes vous rendaient un dernier et magnifique hommage.Aujourd'hui, dix ans après votre départ, nul ne vous a oublié. Vous restez dans nos cœurs. Vous avez marqué, à jamais, tous ceux qui vous ont connu.
Aussi, une forte délégation de parachutistes de l'UNP et d'anciens légionnaires de l'Amicale du Pays d'Aix et de la Sainte Baume se trouve réunie pour vous manifester notre reconnaissance et notre fraternel souvenir.Tous sont venus pour témoigner la considération, l'estime et l'affection qu'ils portent à l'aumônier chaleureux et généreux, au grand soldat, au frère d'armes que vous avez été et dont il faut évoquer l'exceptionnel destin.
Faut-il rappeler qu'ordonné prêtre en 1937, vous passez la plus grande partie de votre sacerdoce en qualité d'aumônier militaire. De 1940 à 1960, vous serez de tous les combats - des premiers de la " Drôle de guerre ", en passant par la captivité en Allemagne - à ceux des rizières de l'Indochine et des djebels de l'Algérie.
Faut-il dire qu'en 1954, vous allez alors faire la connaissance de ceux auxquels vous vouerez immédiatement une estime sans faille, les parachutistes. Fasciné par l'esprit qui règne au sein de ces troupes, vous n'aurez de cesse d'apporter soutien et réconfort à ces hommes dans les pires moments. A leurs côtés vous gagnez ainsi votre première citation, à l'ordre du régiment en octobre 1954 où, bien que blessé, vous refusez de vous laisser évacuer.
Faut-il évoquer les qualificatifs élogieux que l'on retrouve dans les citations à l'ordre de la division qui vous sont décernées en novembre 1957, en mai 1958, en avril 1959 puis en octobre 1960. " Aumônier d'un dévouement sans faille ", " Aumônier parachutiste d'une classe exceptionnelle ", " Aumônier d'un courage et d'un dévouement sans bornes ".
Faut-il se remémorer que cité à l'ordre de l'armée, en juillet 1959, vous êtes fait chevalier de la Légion d'honneur. Payant de votre personne, sans cesse sur la brèche, suscitant l'admiration de tous par votre calme et votre comportement au feu, les légionnaires parachutistes du 1er REP eurent tôt fait de reconnaitre en vous un des leurs. Bien que retiré depuis 1962 de l'épiscopat militaire, légionnaires et parachutistes vont ont conservé cette profonde estime jusqu'à vos derniers jours, comme en témoigne l'émouvant adieu adressé en leur nom par le chef de bataillon (er) Hélie Denoix de Saint Marc, lors de l'inhumation au carré légionnaire du petit cimetière de Puyloubier.
Faut-il souligner encore qu'avec votre croix autour du cou, cette célèbre croix que vous ne quitterez jamais même en tenue de combat vous étiez surtout l'aumônier militaire au courage et au dévouement sans bornes et sans faille, qui faisait l'admiration de tous les légionnaires et parachutistes en toutes circonstances par votre mépris du danger et la haute conception de votre ministère.
Faut-il encore rappeler ce moment douloureux de 1962 où, en raison de vos prises de position claires et courageuses en faveur de l'Algérie française, on vous a mis injustement à l'écart, on a voulu vous diffamer et que seuls quelques amis sont restés à vos côtés. Faut il enfin se remémorer ce 6 octobre 1994, où vous receviez l'insigne d'officier de la Légion d'honneur au cours d'une cérémonie émouvante qui se déroulait au mess des sous-officiers de Lyon. Faut-il évoquer tout cela ?
Aujourd'hui, mon Père, tous ceux qui vous ont aimé, admiré et partagé des moments difficiles sont là. Ils sont tous là pour vous rendre un nouvel hommage. Ceux de 1940 et ceux de la bataille des Alpes, en 1944. Ceux de la guerre d'Indochine, cette guerre qui a tant bouleversé votre génération de soldats, où le corps expéditionnaire luttait pour la France, mais aussi pour la défense de la Liberté. Ceux d'Algérie, ceux du let REP, du 2e RPIMa, ceux de Kabylie, des Nemenchas et des Aurès. Vous étiez à leurs côtés. Vous n'avez jamais cessé d'être aux côtés de ceux qui se battaient et qui tombaient sur cette terre.
A tous, à ceux qui croyaient au ciel et à ceux qui n'y croyaient pas, vous avez appris simplement par votre seul exemple, ce qu'étaient l'abnégation et la droiture, la fraternité et la générosité. Enfin il y a tous ces jeunes qui incarnent l'avenir, auxquels vous avez consacré les dernières années de votre existence et pour lesquels vous avez été un magnifique exemple.
Mon Père, dix ans après votre dernier saut, ils sont là tous réunis autour de vous, les compagnons de votre existence, légionnaires et parachutistes, les absents et les présents, les morts et les vivants.
Oui, ils sont tous là. Innombrables en rangs serrés ils vous entourent. Cette cohorte sans fin de soldats illustres, obscurs, modestes, prestigieux marche à vos côtés et vous accompagne.
Mon Père, depuis dix ans, après votre exceptionnel parcours de soldat et de prêtre, vous avez enfin trouvé le repos et la paix. Que St Michel vous garde à ses côtés. Mon Père, légionnaire de 1ére classe d'honneur, vous reposez désormais au milieu des vôtres, aux côtés du général Rollet et du colonel Jeanpierre. Vous nous avez quittés, il y a dix ans. Votre destin exemplaire continuera d'éclairer longtemps encore la route des légionnaires et des parachutistes d'aujourd'hui et de demain. Vous resterez pour tous ceux qui suivent une figure de proue et un modèle emblématique.
Depuis 10 ans vous reposez ici au milieu de vos frères d'armes. Vous êtes entré dans le Panthéon de la famille légionnaire et parachutiste qui vous salue avec déférence et admiration.
Mon Père, au nom de tous les parachutistes et légionnaires du monde entier qui vous ont connu, de tous ceux qui sont ici présents, de tous ceux qui vous ont aimé, apprécié et commandé, je vous exprime toute notre immense reconnaissance pour les services éminents que vous avez rendus à la Légion, aux troupes aéroportées et à la France.
Mon Père, nous ne vous oublierons pas ! Votre mémoire restera à jamais gravée dans nos cœurs.
Général (2S) Christian Piquemal
Président national de l'UNP




